Une délégation du Karabakh s’est rendue à Bruxelles du 16 au 17 octobre dernier pour participer à une table ronde organisée par l’UGAB en partenariat avec la Fondation allemande Heinrich Böll. La délégation était composée d’Edouard Atanesyan, vice-ministre des Affaires étrangères, et de David Babayan, chef du département de l’information du cabinet du Président du Karabakh.

La table ronde du 16 novembre 2008 est la première d’une série de tables rondes et de rencontres que l’UGAB Europe organise dans le cadre de son travail auprès des institutions européennes. Elle sera suivie le 13 novembre prochain d’une conférence sur la redécouverte du patrimoine arménien en Turquie.

Il s’agissait là de la première visite d’une délégation du Karabakh à Bruxelles depuis 1999. La rencontre avait pour objet principal de permettre aux décideurs sur la scène européenne ainsi qu’à leurs conseillers d’établir un contact avec des représentants du Karabakh et de leur faire découvrir le pays.

Dans le vocabulaire diplomatique de l’UE, le Karabakh désigne toujours une zone de conflit et non un Etat composé de 145 000 habitants, existant et se consolidant depuis la fin de la guerre,  soit depuis plus de 14 années. En outre, appréhendés en terme de différend opposant l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le Karabakh est le plus souvent considéré comme un enjeu, et non comme un acteur du conflit.

Si l’intérêt de l’Union européenne pour le Sud Caucase et ses conflits s’est fortement accru ces dernières années, l’UE s’est abstenue, pour l’instant, sous la pression de l’Azerbaïdjjan, d’instaurer des relations avec le Karabakh, ne serait-ce qu’au niveau informel. Malgré le précédent de la reconnaissance internationale du Kosovo, puis la guerre en Ossétie du Sud, aucune des institutions de l’Union ne s’était autorisée à envoyer des émissaires au Karabakh ou à organiser ailleurs une rencontre.

Le représentant spécial de l’Union européenne pour le Sud Caucase, Peter Semneby, s’est rendu en Ossétie du Sud et en Abkhazie, mais il n’a jamais  entrepris de visite au Karabakh. Lors de sa dernière tentative en date, il a rebroussé chemin à Goris, à la frontière de l’Arménie.

La table ronde réunissait des représentants d’organisations diverses, toutes impliquées professionnellement dans la région : ONG, think tanks, ambassades et institutions européennes. Les échanges furent très fructueux et se poursuivirent au-delà de l’horaire établi.

Divers thèmes furent traités dans le cadre de la table ronde. Les intervenants ont tout d’abord présenté la situation de l’économie, de la société et de l’Etat du Karabakh. Parti de zéro après la guerre, le Karabakh a développé une économie désormais croissante, construit des infrastructures et mis en place des services. Les besoins restent toutefois considérables. L’absence d’aide et d’assistance technique internationales d’une part et les réticences des investisseurs à s’engager dans une région encore considérée, à tort, comme un zone de guerre, représentent deux handicaps supplémentaires.

L’Etat se consolide également, et, bien qu’affecté de mêmes maux dont souffrent les autres Etats post-soviétiques, comme la corruption, sa tâche semble facilitée par la petite taille du pays.

Malgré l’obstacleque semble représenter l’absence de reconnaissance internationale, le Karabakh n’est pas engagé dans une campagne visant à exiger cette même reconnaissance. Sa stratégie consiste plutôt à se faire connaître et à développer sa présence internationale par des relations concrètes, qu’il s’agisse de commerce et d’investissements ou de diplomatie culturelle.

Les autorités partent en effet du principe que c’est surtout sa capacité à durer et la qualité de sa gouvernance qui rendront inéluctables, à terme, la reconnaissance internationale du Karabagh.

Il a également été question du conflit et de sa résolution. La question du retour des réfugiés azéris fut l’objet d’un débat animé : le Karabakh accepte en principe le retour des Azéris résidant sur le territoire à l’époque soviétique, à condition qu’ils reconnaissent la légitimité de cet Etat.

Ses représentants craignent surtout que le gouvernement azerbaïdjanais ne se serve des réfugiés comme d’une arme, et ne manifeste pas une réelle volonté de promouvoir leur droit au retour. Les deux membres de la délégation du Karabakh se sont employés à montrer que, sur la question des réfugiés comme sur celle des territoires, ce sont des expériences concrètes vécues au Karabakh pendant la guerre – empoisonnement de l’eau, attaques aériennes, faux cessez-le-feu, instrumentalisation de populations civiles – qui inspirent ses positions actuelles, dont certains peuvent sembler intransigeantes.

Au-delà des termes de la négociation, le refus de l’Azerbaïdjan de traiter directement avec le Karabakh représente un obstacle considérable à la recherche d’un règlement du conflit. Cette politique est aggravée par l’interdiction de séjour en Azerbaïdjan à tout Arménien, et l’interdiction à tout citoyen azéri de se rendre en Arménie. La complaisance de la communauté internationale à l’égard de la politique de boycott / blocus du Karabakh contribue d’ailleurs à conforter ce nouvel émirat pétrolier dans son intransigeance.

Something to say?