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Ministère de la Défense (RA)

La Sécurité dans le Caucase du Sud : conflits, stabilité et transformation régionale  était le thème d’une conférence internationale  qui s’est tenue les 14 et 15 mai 2009, à Erevan.

Cette conférence a été co-organisée, avec le soutien particulier de l’UGAB Europe, par le Centre Lyonnais d’Etudes de Sécurité Internationale et de Défense (Université Jean Moulin, Lyon) et l’Institut d’Etudes Stratégiques Nationales (ministère arménien de la Défense, Erevan).
L’objectif de cette manifestation était de promouvoir, le plus largement possible, un échange d’informations et d’analyses sur l’évolution des dynamiques géopolitiques dans le Sud-Caucase et de mieux comprendre les enjeux actuels et futurs.

Une vingtaine d’experts et de chercheurs d’Arménie, de Géorgie, de Russie, de Turquie, d’Iran, de France, des Etats-Unis et de Grande Bretagne ont ainsi présenté leur travaux, examinant notamment les conséquences du conflit russo-géorgien d’août 2008.

Les guerres ayant éclaté à la dislocation de l’Union Soviétique en Abkhazie, en Ossétie du Sud et au Karabagh, s’étaient transformées en « conflits gelés ». Si des accords de cessez-le-feu avaient été conclus, aucun règlement politique relatif au statut de ces zones n’avait en effet été atteint. La « guerre de cinq jours » entre la Russie et la Géorgie a mis en terme à ce statu quo, déstabilisant l’ensemble de la région.

de gch. à dr. MG Hayk Kotanjian, directeur de l'Institut d'Etudes Stratégiques Nationales, Seyran Ohanyan & Serge Smessow.

Le Caucase du Sud, considéré jusqu’alors comme la périphérie de l’Europe, est devenu le centre des préoccupations de l’UE. C’est en ces termes d’ailleurs que son Excellence, Monsieur Serge Smessow, l’ambassadeur de France en Arménie, a – dans son allocution d’ouverture – présenté l’intérêt d’une telle conférence.  Celle-ci a porté sur trois axes majeurs de réflexion : les perceptions et politiques de sécurité de chaque Etat de la région ; l’évolution des coopérations avec les puissances voisines telles que la Russie, la Turquie et l’Iran ; enfin, les perspectives d’intégration au sein des organisations telles que l’OTAN et l’UE.

Dans son discours de bienvenue, Seyran Ohanyan, Ministre de la Défense de la République d’Arménie, a proposé une perspective sur les enjeux de sécurité propres à son pays. ? Pour l’Arménie, il existe une menace militaire immédiate en raison du manque de coopération politique et juridique avec l’Azerbaïdjan dans la résolution du conflit du Nagorno Karabakh, Ilham Alliev préférant menacer régulièrement l’Arménie de reprendre le contrôle de ce territoire par les armes ?.

À cet égard, l’amélioration des relations entre l’Arménie et la Turquie pourrait être bénéfique pour le processus de résolution du conflit du Karabakh. C’est en particulier ce qu’ont souligné l’Ambassadeur Vladimir Kazimirov, ancien co-Président russe du Groupe de Minsk de l’OSCE, et Souren Zolyan, Recteur de l’Université linguistique d’Etat d’Erevan. Il s’agit donc là d’une voie présentée, par ces deux intervenants, comme une priorité.

M. Zolyan (à gch) et M. Markedonov lors de son intervention

Pour Mustafa Aydin, Professeur de relations internationales à l’Université TOBB d’Ankara, le temps est d’ailleurs venu, pour la Turquie, de se poser en véritable puissance, capable de stabiliser la région.

Burcu Gultekin, chercheur au Centre d’études européennes à l’Université technique du Moyen-Orient (Ankara) a toutefois considéré que ? en cas d’ouverture des frontières entre l’Arménie et la Turquie, l’Azerbaïdjan boycotterait les routes commerciales établies avec la Turquie et préférerait passer par la Russie?.

Thorniké Gordadze, Directeur du laboratoire du Caucase de l’Institut Français des Etudes Anatoliennes situé à Bakou, a pour sa part commenté la  politique unilatérale menée par la Russie et ayant abouti au conflit russo-géorgien.

De fait, comme l’a noté Sergey Markedonov, responsable du Département des relations inter-ethnique au Centre d’Analyse Politique et Militaire (Moscou), « la Russie n’a plus le statut de garante de la paix dans les conflits abkhazo-géorgien et osséto-géorgien comme elle l’avait jusqu’au mois d’août 2008, mais elle est devenue la protectrice de ces régions autonomes ».

Au-delà de l’intérêt présenté par chacune des interventions, la conférence a été l’occasion d’établir des nouveaux liens entre spécialistes du Caucase du Sud et centres de recherche. Elle pourrait servir de base à de nouvelles coopérations universitaires, nécessaires à la formation des élites mais également à l’élaboration des politiques étrangères.

Entretien avec Gaïdz Minassian, chercheur au Groupe d’Analyse Politique Défense Relations Internationales Sécurité (GAPDRIS) à l’Université Paris Ouest (Paris X).

Flora Hakobyan : Quel est selon vous l’impact de la guerre russo-géorgienne sur le conflit du Nagorno-Karabagh? Le  risque pour que l’Azerbaïdjan décide unilatéralement de reprendre la guerre est-il plus grand ou au contraire est-il diminué?

Gaïdz Minassian : L’impact de la guerre russo-géorgienne sur le Caucase du Sud et, bien entendu sur le conflit du Haut-Karabakh est fondamental. Par la proximité géographique, l’identité des acteurs, la filiation commune des conflits et le contexte stratégique régional, ces conflits s’appellent et se répondent. Mais cela ne veut pas dire que le dénouement de la crise du Haut-Karabakh sera identique à celui de l’Ossétie du Sud, car s’il existe des ressorts communs, chaque conflit a sa propre logique, ses propres déterminants et son propre mode de régulation.

L’idée selon laquelle un conflit se règle par les armes est fortement compromise depuis la guerre des cinq jours. Mais il ne faut rien exclure en relations internationales, car la logique de guerre ne vient pas subitement. C’est l’accumulation de processus lointains et directs qui provoquent en partie des guerres.

Pour l’heure, l’Azerbaïdjan fait monter les enchères et quand Bakou utilise le langage martial, c’est pour obtenir de la communauté internationale des pressions sur l’Arménie dans le cadre des négociations sur le Haut-Karabakh. Bakou se sent fort de sa rente pétrolière et de sa position géographique dans le cadre de la guerre en Afghanistan et du projet de gazoduc Nabucco.

Comme les Azéris savent que les Russes, les Américains, les Européens et même les Iraniens sont intéressés par les hydrocarbures de l’Azerbaïdjan, elle exerce de fortes pressions pour obtenir le maximum de ses interlocuteurs en échange d’une coopération. L’Azerbaïdjan pratique la surenchère car il ne veut pas céder sur le droit à l’autodétermination du Haut-Karabakh.

FH : Est-ce qu’une amélioration des relations entre l’Arménie et la Turquie pourrait influer de manière significative sur la politique d’Ilham Aliev?

GM : L’Arménie et les trois présidents du Groupe de Minsk (Etats-Unis, Russie, France) de l’OSCE ont fait savoir qu’il ne fallait pas relier les négociations autour du Haut-Karabakh au rapprochement arméno-turc. Ce sont deux processus différents. Vous savez, la troïka a mis plus de 15 ans à rapprocher les positions arméniennes et azéries, sans obtenir pour autant le moindre accord. La logique de compromis habite les médiateurs.

Mais comme la Turquie est membre du groupe de Minsk et qu’elle compte sur sa position prépondérante dans la région, a fortiori en raison de ses bonnes relations avec la Russie, les Etats-Unis et dans une autre mesure avec l’Union européenne avec laquelle les négociations tournent au ralenti, Ankara tente d’assortir l’ouverture de sa frontière avec l’Arménie à un règlement de la question du Haut-Karabakh. Or, pour Erevan, il s’agit là d’une précondition, et c’est irrecevable.

Il est vrai que la normalisation des relations arméno-turques sans allusion au Haut-Karabakh peut avoir des effets positifs sur le conflit arméno-azéri, notamment sur une solution politique du litige. Mais Bakou se méfie de ce rapprochement entre l’Arménie et la Turquie qui est salué par la communauté internationale.

On peut aussi se demander s’il n’y a pas une forme de concertation confidentielle entre Bakou et Ankara dans cette affaire, une sorte de répartition des rôles dans le cadre de l’élaboration d’une méthode de règlement parallèle des deux processus.

FH : La Turquie souhaite jouer un rôle de médiateur pour asseoir son statut de puissance régionale, qu’en pensez-vous?

GM : La Turquie a toujours tiré sa force de sa position stratégique. Ce n’est pas nouveau. Ce qui est en revanche intéressant c’est que la Turquie a pour ambition de devenir un territoire de transit en hydrocarbures (BTC, BTE, Blue Stream, pipeline avec l’Irak, l’Iran et peut-être le projet pharaonique de Nabucco).

Pour cela, Ankara cherche dans un premier temps à sécuriser ses frontières. Sa politique de « Zéro conflit de frontières » la pousse à nouer des contacts étroits avec ses voisins et à proposer sa médiation dans les conflits régionaux (Syrie-Israël, Palestine, Irak, Iran-Etats-Unis). Auprès des Européens qui ont peur des frontières d’une UE comprenant la Turquie, Ankara veut passer pour un acteur responsable et mature capable de rassurer les Européens et d’enraciner la paix régionale.

Au lendemain du conflit russo-géorgien durant lequel les Turcs ont fait preuve d’une grande réserve, Ankara a proposé une Plateforme de stabilité et de sécurité pour le Caucase du Sud pour tenter avec la Russie - avec laquelle les relations sont étroites – de parrainer le règlement des conflits sud-caucasiens. Mais la Turquie n’a pas encore de politique régionale dans le Caucase du Sud. C’est tout son problème, d’où la « feuille de route » avec l’Arménie dont on ignore encore le contenu.

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